Les technologies spirituelles : une forme de lutte épistémologique des Guarani-Kaiowá

  • Spiritual technologies: a form of epistemological struggle among the Guarani-Kaiowá

Abstracts

Au cœur des luttes pour la reconnaissance de leurs terres autochtones au Brésil, les Guarani-Kaiowá incarnent la résistance et l’attachement profond à leur territoire ancestral. Un attachement porteur d’une cosmovision riche et complexe qui conçoit la nature comme un être sacré. Le concept de « technologies spirituelles » forgé par Anastácio Peralta pour penser le rapport humain-nature, nous questionne et nous invite à réfléchir sur le rôle de ce paradigme autochtone dans la lutte du peuple guarani-kaiowá et sur sa dimension épistémologique. Cet article prend appui sur les interventions des doctorant·es et enseignant·es de l’Université fédérale de la Grande Dourados (UFGD) lors de la journée d’étude « Peuples autochtones du Brésil et recherches académiques », organisée par Paris 8, le 31 janvier 2025. Nous jetterons les passerelles entre le concept de technologies spirituelles et ceux d’« écosophie » et d’« éco-altérité », deux concepts développés par les savoirs « occidentaux ». Nous proposerons également la notion d’éco-altération qui invite à repenser les luttes autochtones non seulement comme des combats pour la réappropriation territoriale, mais aussi comme des mouvements où l’altérité de la nature – telle qu’elle est appréhendée dans les savoirs autochtones - devient le fondement d’un rapport éthique à la terre.

In the center of struggles for the recognition of Brazil’s autochthonous lands, the Guarani-Kaiowá people stands for resistance and a deep attachment to their ancestral territory. Anattachment that carries with it a rich and complex cosmovision of nature as a sacred being.

The concept of Spiritual Technologies, developed by Anastácio Peralta as a way of thinking about the human-nature relationship, questions us and invites us to reflect on the role of this indigenous paradigm in the struggle of the Guarani-Kaiowá people, and on its epistemological dimension. This article is based on some presentations by doctoral students and teachers from Universidade Federal de la Grande Dourados (UFGD) during the Study Day « Peuples autochtones du Brésil et recherches académiques », organized by Université Paris 8 on January 31, 2025. We will build bridges between the concept of Spiritual Technologies and those of ecosophy and Eco-alterity, two concepts developed by “Western” knowledge. We will also propose the notion of Eco-alteration, which invites us to rethink autochthonous struggles not only as fights for territorial reappropriation, but also as movements in which the alterity of nature becomes the foundation of an ethical relationship with the land.

Outline

Excerpt

Introduction

Une conception de la vie où l’humain n’est pas séparé de son environnement, mais en constitue un élément. Une existence liée à la nature/terre, non pas comme un simple espace à cultiver, mais comme une entité vivante dotée d’une dimension spirituelle, source de savoirs et d’apprentissages. Telle pourrait être condensée la vision du monde pour les Guarani-Kaiowá, peuple autochtone dont l’ancrage territorial transcende les frontières nationales. Établis principalement au Brésil tout en conservant une présence minoritaire au Paraguay et en Argentine, les Guarani-Kaiowá luttent pour leurs droits territoriaux, pour la sauvegarde de la nature, de leur culture et de leurs savoirs ancestraux. Une conception qui s’oppose radicalement à la vision productiviste qui réduit la terre à une ressource exploitable. Il n’est nullement question, dans le cadre de cet article, de hiérarchiser un savoir autochtone par rapport à un savoir « scientifique » ni de tomber dans aucune forme de dual...

References

Electronic reference

Souhaila Belouettar, Nora Belkhiri, Lalya Ngongolo, Déocard Rhuhunemungu and Catherine Zapata, « Les technologies spirituelles : une forme de lutte épistémologique des Guarani-Kaiowá », Pratiques de formation/Analyses [Online], 72 | 2026, Online since 01 April 2026, connection on 31 March 2026. URL : https://www.pratiquesdeformation.fr/1144

Authors

Souhaila Belouettar

Souhaila Belouettar est maître-assistant en sciences du langage (Algérie). Ancrée en sociolinguistique critique, sa réflexion vise à reconsidérer les pratiques langagières associées aux langues dites « dialectales », les abordant comme formes de savoir socialement construites, souvent dévalorisées du fait de leur relégation institutionnelle.

Nora Belkhiri

Nora Belkhiri est étudiante en master 2 sciences de l’éducation (parcours Éducation tout au long de la vie) à Paris 8. Titulaire de deux masters (didactique du FLE et transitions numériques), elle s’intéresse à l’apprentissage des langues dans le cadre informel, notamment associatif.

Lalya Ngongolo

Lalya Ngongolo est étudiante en master 2 sciences de l’éducation. Titulaire d’une licence de psychologie et forte d’une expérience en animation socioculturelle, elle s’intéresse à l’éducation populaire au sein de structures telles que les maisons de quartier, ainsi qu’à leur impact sur les publics qu’elles accompagnent, en particulier les jeunes.

Déocard Rhuhunemungu

Rhuhunemungu Déocard est né en République démocratique du Congo. Après l’obtention d’un diplôme d’état en sciences vétérinaires, il a poursuivi ses études en philosophie et lettres. Il est détenteur d’un diplôme de licence en philosophie et d’un master en théologie. Il a œuvré dans le domaine de l’éducation et du social, avant de s’inscrire en sciences de l’éducation.

Catherine Zapata

Catherine Zapata est étudiante en master 2 sciences de l’éducation (ETLV) à l’Université Paris 8. Elle conçoit des projets éducatifs reliant jeunesse et agriculture en Colombie, et s’intéresse aux questions environnementales ainsi qu’à la coopération internationale, domaines qu’inspirent ses travaux académiques et professionnels.